CIV : A la découverte du Musée des Civilisations d’Abidjan (2ème partie)

  • Par Akina De kouassi
  • 25 Mars 2020
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Le Musée National des Civilisations de Côte d’Ivoire, tenu par Madame Sylvie Memel Kassi est un musée ethnographique qui parle de l’histoire des peuples qui ont précédés.


C’est aussi un musée archéologique qui conserve des objets qui datent de depuis le paléolithique supérieur (3000 ans avant Jésus-Christ jusqu’au 21ème siècle)

Comment se fait le choix, et quels sont les critères pour qu’une pièce figure au musée des civilisations de Côte d’Ivoire ?

D’abord ça dépend de la mission du musée. Le musée des civilisations de Côte d’Ivoire, c’est le musée par excellence de la représentation nationale. Le directeur qui arrive, comme ce fut mon cas en 2006, ce qui a attiré l’attention, c’est le manque de représentativité au niveau des pièces. C’est un musée des civilisations mais qui a une évolution dans le temps. Mais toutes les régions n’étaient pas représentées. En 2006 dès mon arrivée, nous avons présenté un plaidoyer qui a été accepté. On nous a donné une ligne budgétaire pour l’acquisition des objets. Comment ça se fait concrètement ? Quand nous identifions que dans une région, soit à Ouragahio on n’a pas tel masque, alors que nous savons que chez les bété de cette région il y a ce masque, par exemple même le bagnon qui est une culture importante pour ce peuple. Et nous nous rendons compte que la collection nationale n’a pas le bagnon ? Or chaque jour, nous recevons des groupes qui viennent ; parmi eux il y a des chercheurs, des touristes, des étudiants et il y en a qui vous demandent si vous avez le bagnon. Si vous n’avez pas le bagnon, qu’est-ce que vous faites ? Donc nous recensons chaque année les objets que nous n’avons pas et qui font partie pourtant intégrante de la culture de la Côte d’Ivoire. Quand nous les avons identifiés, nous prenons attache avec les communautés concernées. Nous faisons ce qu’on appelle la permission, histoire de faire connaissance avec le village ou l’endroit où on peut avoir l’objet. Quand nous allons, nous rencontrons les autorités coutumières, nous leur disons le but de notre visite. Nous leur disons que nous sommes venus parce que nous avons constaté qu’ils ne sont pas représentés au musée des civilisations de Côte d’Ivoire. On ne sait jamais, demain leur nom va disparaitre et le nom du village y compris. Ce n’est pas normal qu’on parle des régions de la Côte d’Ivoire et de ses richesses culturelles et artistiques et qu’ils ne figurent pas dans les collections nationales. Ceux qui nous comprennent nous disent tout de suite : « Ah oui c’est important ! Voilà ce que nous nous avons ». Mais il faut aussi le dire, la mondialisation a aussi ses effets pervers. L’objet d’art aujourd’hui est devenu un objet marchand. Ici, tous les objets qui sont au musée ont une fiche muséographique qui est la carte d’identité de l’objet. Sur cette carte, nous avons les renseignements sur l’objet, sa provenance, l’appellation en langue locale, qui est l’artiste qui a sculpté l’objet, quel est l’âge de l’objet, et celui qui donne, est-ce qu’il le donne par achat, par don, par legs, ou bien par dépôt parce qu’il y a plusieurs modes d’acquisition de l’objet. Quelles sont les mensurations de l’objet, quel est l’état de l’objet, est-ce que c’est un objet qui est très ancien, ça comprend beaucoup de dégradés, de fissuration, ou bien c’est un objet qui est sur tous les plans bien, la photo de l’objet. Quand c’est fait, on va pour l’achat de cet objet.

Combien d’objet vous achetez par année ?

 Ça varie et ça dépend du coût. L’objet est sacré est beaucoup plus cher qu’un objet usuel. Nous ne prenons pas n’importe quel objet. Nous prenons les objets très significatifs du patrimoine des peuples. C’est pourquoi nous prenons avant l’achat, toutes les informations possibles relatives à cet objet et de ce peuple. Et donc par an, on peut acheter un objet ou deux ou encore trois selon le besoin et selon surtout les moyens d’achat. Mais dès ma prise de fonction, j’ai constaté qu’il y avait vraiment urgence donc beaucoup à faire. Nous avons fait donc appel à une entreprise citoyenne de la place avec qui nous avons sillonné les régions de la Côte d’Ivoire, ça nous a permis d’acheter plus de 200 objets pour combler le vide criard qu’il y avait.

Est-ce que vous disposez de moyens pour savoir si un objet a une valeur ancestrale ?

La typologie de ce musée est un musée d’art ancien. Les objets qui sont ici sont tous authentiques. Ça veut dire que ce sont des objets qui ont vraiment servi leurs peuples. Le masque a dansé. Les textile que nous avons a été porté. Un artisan qui vient de confectionner une œuvre, ça se découvre très vite même si on le vieilli. C’est l’objet qui est authentique qui nous intéresse. Mais par contre, dans tous les musées il y a ce qu’on appelle la boutique shop. Là, ce sont des produits artisanaux que nous mettons. Histoire de dire aux gens que ce sont les mêmes choses, mais pas les mêmes valeurs ni fonctions. Pour avoir donc un souvenir de votre passage au musée des civilisations, vous pouvez acheter cet objet artisanal qui n’est pas un objet authentique. Et puis, en tant que directeur du musée des civilisations, c’est nous qui délivrons les certifications d’exportation des œuvres qui sortent du territoire national. Quand c’est une œuvre authentique, je ne délivre pas de certificat.

Y a-t-il donc une norme universelle qui établit la nature des objets qui peuvent figurer au musée ?

C’est la définition même du musée. Le musée est par définition une institution publique au service du développement d’un pays qui fait les recherches sur les témoins matériels de l’homme et qui les rassemble, qui les diffuse, qui fait la promotion dans l’intention d’éduquer, et dans le domaine du loisir. La vocation du musée est de faire des recherches sur les témoins matériels. Ce qui permet à un peuple d’être connu. C’est le B.A BA du conseil international des musées. Le conseil international des musées est une structure de l’UNESCO créée depuis 1948 qui existe pour s’occuper des musées, qui donne les grandes lignes politiques des musées. Ainsi, chaque pays, par rapport à sa législation nationale se donne une ligne pour protéger et faire la promotion de sa culture. Donc je ne me lève pas pour prendre des objets qui n’ont pas de valeur historique, éducative, monétaire…

Il existe combien de musées en Côte d’Ivoire et quelle est la collaboration que vous entretenez ?

Officiellement il y a treize musées. Sept qui sont publics et six privés. En ce qui concerne les musées publics, nous organisons la journée internationale des musées. Au cours de cette journée, l’Etat nous rassemble. Et puis il convient de préciser qu’il y a des échanges d’informations entre nous aussi. Avec les musées privés, en 2001, nous avons créé ce que nous avons appelé « la fondation TABA pour les arts et la culture »  dont la mission est de faire la promotion des musées en Côte d’Ivoire. Dans le cadre des activités de cette fondation, nous nous rencontrons avec les autres responsables de musées. En tant que présidente fondatrice de cette fondation, mes équipes connaissent et travaillent avec les autres membres des autres musées.

A suivre…

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