Côte d'Ivoire : une légende de la culture s'en est allée.

  • Par Akina De kouassi
  • 24 Avr. 2020
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Le rideau s’est définitivement fermé sur la scène de Rose Marie Guiraud le lundi 20 avril 2020. A l’âge de 76 ans, la fondatrice de la compagnie artistique « les Guirivoires » a tiré sa révérence des suites d’une longue maladie.


La page noire du journal télévisé de la Radio Télévision Ivoirienne (Rti) du lundi 20 avril 2020 a été
consacrée à Rose Marie Guiraud, dans un spleen décor au grand désarroi des fans. Si cette annonce n’a
pas surpris le public qui était déjà et bien longtemps informé de l’état de santé très délétère de l’artiste,
il n’en demeure pas moins qu’elle l’a attristé.


Marie Rose Guiraud a consacré sa vie entière, au prix de mille préjugés à son encontre, à tenir haut le
drapeau tricolore ivoirien, à travers le monde. Célèbre danseuse et chorégraphe, Rose Marie Guiraud
quitte les lumières de la scène, sans les abandonner. Car, elle a réussi à perpétuer son génie à travers
l’art de la transmission.
Fondatrice de l’Ecole de Danse et d’Echanges Culturels (Edec), en plus de la mythique compagnie
artistique « les Guirivoires », on peut l’affirmer, Rose Marie Guiraud n’a pas vécu inutilement. De Ouyably (Kouibly), le village de ses ancêtres où, à l’âge de 4 ans elle a débuté sa carrière artistique entant que chanteuse et danseuse traditionnelle, elle prend son envol après ses études secondaires en1964 pour poursuivre en Europe les études. Là-bas, elle obtient des diplômes de théâtre, de chant et de
danse avant de revenir au pays où elle tiendra les départements de danse des arts, et des traditions africaines de l’INSAAC.

Dans le même temps, Rose Marie Guiraud crée un groupe de danse nommé « les Guirivoires », avant de s’investir avec Feu Kondé Mamadou dans la création du ballet national. L’on se souvient aussi qu’en 1977, Marie Rose Guiraud a eu l’insigne honneur d’être l’invitée spéciale, comme ambassadrice culturelle, du département d’Etat Américain.

A l’occasion, elle a pu animer dans plus de trente états américains des ateliers, donné des conférences et des démonstrations de pas de danses africaines. Elle s’est alors installée à Washington DC avec son époux, l’américain Mac Donald avant de rejoindre le pays natal.

L’artiste aura semé sur son passage de bonnes graines
artistiques à travers le monde. C’est un riche patrimoine qu’elle laisse à la postérité. Auteur d’une œuvre littéraire, « La survivante » publiée en 2018 aux éditions Frat-Mat, Marie Rose
Guiraud qu’on reconnait, en plus de son talent d’artiste, par son physique s’est pretée aux débats qui se faisaient sur son aspect physique et d’autres préjugés liés au mysticisme, à sa vie amoureuse, aux finances et à la politique.

 

Dans l’article annonçant la sortie du livre autobiographique de Marie Rose Guiraud, le confrère Remi Coulibaly du quotidien Fraternité-Matin, a retranscrit un extrait de l’avant-propos relatif à l’aspect physique de l’auteur, qui semble d’ailleurs être l’une, si ce n’est la principale motivation du projet d’écriture.
« Pour ne plus être embarrassée par ma condition physique ou par les commentaires des uns et des autres, j’ai préféré écrire l’histoire de ma vie, pour éclairer ce qui peut sembler étrange à ceux quis’intéressent à moi. *

Etant une personne publique, j’ai pu imposer ma personnalité et mon corps, au point que certains le trouvent même beau. Mais, cela n’a pas empêché des journalistes ivoiriens de me proclamer la plus laide des femmes de Côte d’Ivoire, à la télévision nationale… ».


Commandeur de l’ordre national en Côte d’Ivoire, la nation ivoirienne reste reconnaissante à Marie
Rose Guiraud à qui un hommage a été rendu lors de la dernière édition du Marché des Arts et du Spectacle d’Afrique (Masa 2020). Ce qui a été, du reste, la dernière sortie officielle de l’artiste qui croupissait sous le poids de la maladie qui la rongeait impitoyablement.
Adieu l’artiste…

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