Burkina Faso: La cérémonie du faux départ du Mogho Naaba, un symbole de pardon et de sagesse

  • Par Saidi Mamadou Ouedraogo
  • 05 Mars 2020
  • 3046 vues

Tous les vendredis entre 6h30 et 8h se déroule dans l’arrière-cour du Moro Naba, chef suprême des Mossi, une cérémonie traditionnellement chargée de symboles.


En effet, lors de cette cérémonie particulière appelée Nabayious Gou ou encore « faux départ », le Moro Naba sort de sa case, vêtu de sa tenue de guerre de couleur rouge vive, symbole de sa colère. Devant sa case, se tient son cheval soigneusement harnaché pour la guerre par ses palefreniers. Le roi se prépare à prendre son cheval pour aller en guerre. Ses femmes, ses notables et ses sujets le supplient de ne pas aller en guerre.

Les ministres du royaume s’avancent en premier. Ils se décoiffent, s’accroupissent et saluent le Mogho Naaba en frottant les paumes et en tapant le sol les mains fermées. A leur suite, les chefs religieux (qui ne se décoiffent pas) et  viendront aussi saluer et demander pardon au Mogho Naaba pour ne pas aller en guerre.

Après avoir écouté son peuple, il se retire dans sa case et ressort quelques instants plus tard tout de blanc vêtu en guise de paix.  Deux grands coups de canon sont donnés pour symboliser l’acceptation de la paix par le roi.  Le ballet des salutations reprend alors dans le même ordre pour venir dire merci au Mogho Naaba d’avoir écouté son peuple.

Plusieurs versions indiquent l’origine de cette colère du Mogho Naaba.

L’une d’entre elle indique qu’à la mort de Naaba Gningnemdo, les notables de la cour intronisèrent le fils cadet du roi qui devint le Moogho Naaba Koundoumié, 6ème roi de la dynastie des rois du royaume d’Oubritenga (la terre d’Oubri), et 8ème de la dynastie de Ouédraogo. Les notables avaient opté pour ce choix, compte tenu de la cruauté du frère ainé de ce dernier Yadéga. Pendant qu’il exigeait d’une femme qu’il trouvait effrontée de piler son enfant dans un mortier, celle-ci lui répondit en ces termes : « C’est parce que tu es aussi cruel que ton frère cadet a été désigné à la succession du trône à ta place après la mort du Roi ». Furieux d’apprendre que son père était mort et que le trône qui lui revenait de droit était occupé par son frère, il leva son armée et marcha vers Ouagadougou, pour reprendre son trône usurpé.

La reine mère informée des intentions de son fils l’arrêta à l’entrée de Ouagadougou. Elle  le calma et réussit à lui faire rebrousser chemin.  Gardienne des fétiches sacrées qui font la puissance et la royauté, du Roi des Mossi. La Reine Mère les avait dérobés et confiés à sa fille Pabré (sœur de Yadéga). Celle-ci était chargée de les apporter à son frère Yadéga qui attendait tout tranquillement à une vingtaine de kilomètres de Ouagadougou, dans un village qui portera (et  porte toujours) le nom Pabré (nom de la jeune fille). L’on raconte que La Reine Mère l’ayant intercepté, lui avait dit ceci: « Mon fils, tu sais bien ce qui fait du chef Mossi un Roi puissant. Moi en tant que « Zak-Pugksma », j’ai la garde des fétiches. Repars tranquille, je t’enverrai les amulettes sacrées, et ainsi tu deviendras le chef suprême des Mossi ». Naaba Koundoumié, constatant la disparition des fétiches, immobilisa son armée pour combattre son frère et reprendre les amulettes sacrées qui lui conféraient le titre de roi des Mossi. Ses ministres et son entourage qui savaient que Yadéga était rompu à l’art de la guerre et que ce serait une folie de l’attaquer, le supplièrent de renoncer. Ils lui avouèrent sans honte que lancer une attaque contre son frère c’est conduire son peuple au massacre. Il fut donc dissuadé par ses proches, et finit par annuler sa marche sur Ouahigouya, où loge l'aîné. Le «faux départ» commémore, jusqu'à aujourd'hui, le choix de la paix qui, un jour, épargna le sang au Royaume Yatenga.

Cette cérémonie qui perdure depuis plusieurs siècles est aujourd’hui exécutée par le Mogho Naaba Baongo II, 37è Roi des Mossi. Mais, chose importante, il est formellement interdit de faire des photos ou de filmer la cérémonie.

 

Sources : lemessagerdafrique.mondoblog.org, sputniknews.com, wikipedia

 

 

Articles connexes