Patrimoine et mémoire : La France restitue à la Côte d’Ivoire le tambour sacré Djidji Ayôkwé
- Par Akina De Kouassi
- 21 Fév. 2026
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C’est un moment d’histoire, de réparation et de renaissance culturelle que vient de vivre la Côte d’Ivoire.
Ce vendredi 20 février 2026, la France a officiellement restitué le tambour parlant Djidji Ayôkwé, objet sacré spolié en 1916 pendant la période coloniale. Plus qu’un simple artefact, ce tambour monumental incarne l’âme d’un peuple et la mémoire d’une civilisation.
Long de près de quatre mètres et richement décoré, le Djidji Ayôkwé est un symbole fort de l’identité de l’ethnie ébrié, gardienne d’une tradition orale et spirituelle profondément enracinée. Instrument de communication et de pouvoir, le tambour parlant rythmait autrefois la vie sociale, politique et religieuse des communautés lagunaires. Il portait la voix des ancêtres, transmettait les messages des chefs et accompagnait les grands moments de la vie collective.
Arraché à son terroir en 1916 par les autorités coloniales, l’objet fut expédié en France en 1929. Il y sera successivement exposé au Musée du Trocadéro puis au Musée du quai Branly - Jacques Chirac, où il demeura pendant près d’un siècle, loin de sa terre d’origine.
Cette restitution s’inscrit dans un processus plus large engagé par la France depuis 2017, visant à réexaminer la présence d’œuvres africaines dans ses collections publiques et à favoriser leur retour vers les pays d’origine. Des objets avaient déjà été restitués au Sénégal et au Bénin, marquant les premières étapes de cette nouvelle dynamique mémorielle et diplomatique.
Pour la Côte d’Ivoire, le retour du Djidji Ayôkwé dépasse le cadre d’un simple transfert patrimonial. Il s’agit d’un acte de reconnaissance historique et d’un pas important vers la réappropriation de son héritage culturel.
Présent à Paris pour la cérémonie, le directeur du musée national, Gnoleba Francis Tagro, entouré de hauts responsables ivoiriens, a annoncé que le tambour sera exposé « à une place de choix au cœur du musée national », où il pourra enfin être admiré par les Ivoiriens et transmis aux générations futures.
Ce retour ouvre une nouvelle page dans les relations culturelles entre la France et la Côte d’Ivoire.
Avec le Djidji Ayôkwé, c’est une voix longtemps étouffée qui retrouve son écho sur les rives de la lagune Ébrié.
Akina Dekouassi



