Sénégal : Cheick Anta Diop, le maître à penser de l’Afrique Noire !

  • Par Akina De kouassi
  • 24 Mai 2020
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Philosophe, historien, anthropologue et politicien sénégalais, Cheikh Anta Diop est le maître à penser pour bon nombre d'intellectuels africains qui ne jurent que par lui. Qui était Cheikh Anta Diop ?


Né le 29 décembre 1923 à Thieytou  au Sénégal, du wôlôf Seex Anta JÓOB, l’époux de Louise Marie Maes a consacré sa vie à exalter l’Afrique noire et à démontrer son apport à la civilisation du monde.

Docteur en sciences sociales de l’Université de Paris, spécialité  chimie nucléaire, les thèses de Cheikh Anta Diop au sujet de l’Egypte antique sont controversées et peu reprises. Toutefois, Cheikh Anta Diop reste le précurseur de la littérature sur l’Egypte Antique.

Etudes et découvertes de Cheikh Anta Diop

Avant son décès survenu le 7 février 1986 à l’âge de 62 ans à Dakar, l’égyptologue Cheikh Anta Diop a consigné l’ensemble de ses travaux dans un ouvrage nommé : Civilisation ou barbarie, anthropologie sans complaisance. Dans cet ouvrage, l’auteur apporte une sorte de réplique aux historiens détracteurs de ses études sur l’Egypte antique. Des historiens qu’il n’a pas manqué de qualifier « d’égyptologues de mauvaise foi ».

  1. Origine Noire de l’Homme

Pour Cheikh Anta Diop, l’Homme est apparu pour la première fois sous les latitudes tropicales de l’Afrique. Précisément dans la région des Grands Lacs. En effet, selon la règle de Gloger, les êtres originaires des latitudes tropicales sécrètent plus de mélanine dans leur épiderme pour se protéger des rayons solaires. Ce qui leur donne des peaux apparemment sombres. Cheikh Anta Diop en déduit que les premiers homos sapiens seraient de phénotype noir. En tout cas, l’origine africaine de l’ensemble de l’humanité est partagée par tous les scientifiques. En somme, il n’y aurait pas eu de Blanc si le Noir n’avait pas quitté son territoire tropical pour migrer vers les régions tempérées par navigation.

  1. L’Egypte, assise de la civilisation négro-africaine

L’autre thèse défendue par Cheikh Anta Diop, c’est la similitude des civilisations nègres avec les civilisations égyptiennes. A cet effet, il établit le lien de la couleur de la peau, la religion, la proximité linguistique, le système matrimonial, l’organisation sociale entre l’égyptien antique et l’africain subsaharien actuel. Cheikh Anta Diop est formel sur le fait que les populations africaines subsahariennes auraient comme ancêtres directs les anciens Egyptiens, bâtisseurs des pyramides et des grandes civilisations pharaoniques. Diop s’appuie sur les affirmations des penseurs tels Hérodote, Aristote, Strabon et Diodore de Sicile pour fonder sa thèse. En effet, unanimement, ceux-ci attestent que les Egyptiens avaient la peau noire et les cheveux crépus.

Dans sa démarche, Cheikh Anta Diop, qui a étudié l’égyptologie, invoque le sens de la graphique égyptienne Km.t qu’ils employaient pour se désigner. Cette graphique montre un homme et une femme assis. Pour les égyptologues afrocentriques qui défendent la thèse de Cheikh Anta Diop, cette graphique traduit une collectivité d’hommes et de femmes noirs. Mieux, l’historien nous enseigne qu’en Egypte ancienne, le mot Km dont le dérivé est Kemet, signifie « noir ». Ce qui serait d’ailleurs l’étymologie de la racine biblique de Kam.

Poursuivant, Diop défend sa thèse en faisant des rapprochements orthographique et phonétique du morphème Km avec les langues négro-africaines ;  notamment avec sa langue maternelle, le Wôlôf qui a presque conservé le même sens. En effet, en Wôlôf, le mot Khem signifie « Noir, charbonné par excès de cuisson ». En plus, en pulaar, Kembu signifie « charbon ».

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L’autre rapprochement que fait Cheikh Anta Diop entre l’égyptien antique et l’africain subsaharien, c’est la langue parlée.  Pour Cheikh Anta Diop, tout comme pour Théophile Obenga, égyptologue et linguiste congolais, les langues africaines actuelles et celles de l’égyptien antique ont un ancêtre linguistique commun.

Considérant le Wôlôf, Cheikh Anta Diop établit la loi de correspondance en n en égyptien et I en Wôlôf. Après observation, il trouve qu’en présence d’un morphème ayant une structure nd en égyptien, généralement on rencontre un morphème équivalent en wôlôf de structure id. Cette observation n’est pas un cas isolé d’ailleurs.

Au niveau de la spiritualité, Cheikh Anta Diop trouve une similitude entre les cosmogonies égyptiennes et les cosmogonies africaines contemporaines. C’est le cas des Ashanti, Agni-Baoulé, Yoruba, Dogon, etc. Similitude du Dieu-Serpent dogon avec le Dieu-Serpent égyptien. Similitude entre le Dieu-Chacal dogon incestueux avec le Dieu-Chacal égyptien incestueux. Il en est de même avec les isomorphies Noun/Nommo, Amon, Ama, Imana, Amen…

En outre, il démontre que les traditions totémiques, la circoncision et l’excision, qu’on retrouve dans les pratiques animistes négro-africaines, tirent leurs origines de l’Egypte antique. A méditer, n’est-ce pas ?

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Oeuvres de Cheikh Anta Diop

1/ Nations nègre et culture : de l’Antiquité nègre égyptienne aux problèmes culturels de l’Afrique noire d’aujourd’hui. 1954

2/ L’unité culturelle de l’Afrique noire. 1959

3/ L’Antiquité africaine par l’image, Paris Présence africaine

4/ L’Afrique noire précoloniale. Etude comparée des systèmes politiques et sociaux de l’Europe et de l’Afrique noire de l’Antiquité à la formation des Etats modernes.

5/ Les Fondements culturels, techniques et industriels d’un futur Etat fédéré d’Afrique noire. 1960

Réédition par Présence africaine sous le titre : Les fondements économiques et culturels d’un Etat fédéral d’Afrique Noire. 2000

6/ Antériorité des civilisations nègres : mythe ou vérité historiques ? 1967

7/ Parenté génétique de l’égyptien pharaonique et des langues négro-africaines. 1977

8/ Civilisation ou Barbarie. 1981

9/ Nouvelles recherches sur l’égyptien ancien et les langues africaines modernes. 1988 (Ouvrage posthume).

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Source : Wikipedia

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