Interview: à la rencontre de Jacobleu ; Trois décennies d’art au service de l’identité africaine

  • Par Akina De Kouassi
  • 22 Juil. 2025
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L’Union des journalistes culturels de Côte d’Ivoire (Ujocci) a une fois encore ouvert les portes du dialogue entre création artistique et information, à travers son rendez-vous incontournable : Les Grands Plateaux de l’UJOCCI.


L’invité de l’édition de ce 18 juillet 2025, n’était autre que Jacobleu, figure emblématique de la scène plastique ivoirienne, qui a reçu confrères journalistes et passionnés d’art dans son propre sanctuaire de création, la Jacobleu Art Galerie, aux Deux-Plateaux Aghien.

Autour du thème « 30 ans d’histoire et de maîtrise du pinceau », l’artiste peintre, fidèle à sa verve tranquille et son pinceau bavard, est revenu sur trois décennies d’une carrière jalonnée de recherches esthétiques, d’engagement culturel et de fidélité à ses racines africaines. Entre confidences, souvenirs et réflexions, l’artiste s’est dévoilé dans ce qu’il a de plus authentique, à savoir un regard lucide, marqué de passion et de conviction.

Derrière la simplicité de l’homme se cache une trajectoire forgée dès l’enfance. « Je gribouillais partout, à la maison, à l’école, dans mon quartier », se souvient Jacobleu, un peu amusé. Mais c’est une visite à l’INSAAC, alors qu’il était encore collégien, qui lui ouvre véritablement les yeux : « Je me suis rendu compte que ce jeu que je pratiquais instinctivement était en réalité un métier, une langue à part entière.»

Depuis 1995, il trace sa route avec persévérance, nourrissant son œuvre de multiples influences, celles du feu de Jean-Michel Basquiat, la géométrie de Picasso et la palette tourmentée de Francis Bacon. Pourtant, c’est en Afrique que Jacobleu puise la source profonde de sa démarche artistique. Il ne s’en cache pas d’ailleurs : « Le monde célèbre des artistes qui se sont inspirés de notre patrimoine sans jamais en reconnaître l’origine. C’est à nous désormais de réhabiliter cette mémoire et de nous en servir pour construire une esthétique proprement africaine.»

Sa parole se fait plus grave lorsqu’il aborde la question de la restitution des œuvres africaines. Pour lui, le geste reste symbolique, mais largement insuffisant : « Quelques objets reviennent, mais ce sont des millions qui ont été dérobés. Un masque, ce n’est pas qu’un objet, c’est un lien au sacré, à notre mémoire. Ce que l’on restitue, ce n’est pas juste une sculpture, c’est une part d’âme. »

Au-delà de son engagement artistique, Jacobleu n’a pas manqué d’adresser un message fort à la jeunesse créative ivoirienne. Pour lui, le succès repose sur des fondations solides : « Rigueur, maîtrise, présence sur les scènes clés et une communication efficace.» Il insiste également sur l’urgence de mettre en place une véritable formation à l’entrepreneuriat culturel. « Nos jeunes doivent apprendre à se vendre, à se structurer, à faire de leur art un véritable levier de développement.»

Cette rencontre a été à la fois un hommage, mais aussi le miroir d’un parcours, le manifeste d’un artiste engagé et l’écho d’un appel à la reconnaissance d’un art profondément enraciné dans les traditions africaines. Nous retenons que Jacobleu peint l’Afrique. Il en a fait le cœur battant de son œuvre.

 

 

 

 

 

 

 

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