Littérature: Tidiss Koné se dresse contre les dérives contemporaines
- Par Akina De Kouassi
- 02 Mars 2026
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"Je ne dirai rien à Mariette !" est un livre qui se vit. Quatrième œuvre de Tidiss Koné, il est court par le nombre de pages, mais dense par la charge émotionnelle et morale qu’il transporte.
Publié en 2024 chez Kanù Éditions, ce livre de 100 pages s’inscrit dans la continuité d’une œuvre profondément humaniste, portée par une plume à la fois incisive et compatissante.
Une trajectoire forgée par l’engagement culturel
À l’état civil Bouakari Sidiki Koné, Tidiss Koné est enseignant de formation, homme de lettres et ardent défenseur des valeurs culturelles africaines. Depuis la parution de son premier ouvrage en 2018, il n’a cessé d’explorer les fractures de la société contemporaine.
Son parcours littéraire s’est construit au fil de titres marquants :
Au-delà des barrières (Éditions EDN, 2018)
La fille aux mille couleurs (Éditions GNK, 2019)
À qui la faute ? (Éditions Bourgeons de Rose, 2021)
Ces œuvres lui ont valu une reconnaissance internationale, notamment le Prix du Meilleur Jeune Écrivain Africain aux African Talents Awards en 2018 et 2022, ainsi qu’une nomination aux WECANDA Awards 2023 dans la catégorie Arts et Divertissement.
Mais Tidiss Koné n’est pas seulement écrivain. Il est également Président-Fondateur de l’ONG Les Citoyens du Livre et des Arts du Denguélé et Commissaire général du Festival du Livre et des Arts du Denguélé (FESTILAD), affirmant ainsi son engagement pour une culture active, citoyenne et transformatrice.
Un livre comme miroir social
Avec "Je ne dirai rien à Mariette !", l’auteur plonge le lecteur dans une succession d’histoires rocambolesques, comme le souligne la sociologue Laurence Jutras, qui signe la préface depuis Montréal.
Rire, pleurer, soupirer, grincer des dents, l’ouvrage ne laisse personne indemne. Le lecteur devient spectateur de drames où se côtoient mensonges, trahisons, violences conjugales, corruption et hypocrisie sociale. Mais au-delà de la dénonciation, c’est une invitation à l’introspection qui s’impose.
« Les hommes n’ont-ils pas envie de tuer Dieu pour prendre sa place ? »
Cette interrogation traverse l’œuvre comme un fil rouge. Tidiss Koné y dénonce une humanité en perte de repères, où la créature prétend supplanter le Créateur, où les titres: Ministre, Pasteur, Imam, Président, Maire, Directeur, Professeur, ne garantissent plus l’intégrité morale.
Le livre pose une question de savoir: À qui la faute ?
À la société ? À l’individu ? À nos silences complices ?
De la lecture à l’action
Ce qui distingue particulièrement "Je ne dirai rien à Mariette !", c’est son ambition transformatrice. L’auteur ne souhaite pas des lecteurs passifs. Il appelle à une prise de conscience collective. Il exhorte à aiguiser le discernement, à cultiver l’esprit critique, à restaurer l’honnêteté, la bienveillance et l’amour-propre.
Dans un monde saturé de faux-semblants et de pouvoirs mal assumés, Tidiss Koné propose une littérature qui dérange pour mieux reconstruire. Une littérature qui questionne pour mieux éveiller.
Son écriture, profondément ancrée dans la foi et dans l’humanisme, refuse la posture moralisatrice. Elle guide sans condamner, interroge sans imposer. Elle laisse au lecteur la responsabilité du sursaut.
Un écrivain au service de la vie
Depuis Au-delà des barrières jusqu’à Je ne dirai rien à Mariette !, Tidiss Koné s’affirme comme un témoin lucide des fragilités humaines. Il touche aux fléaux contemporains sans perdre le fil narratif. Il promène son lecteur à travers « les recoins de la terre des hommes » avec une sensibilité rare.
À 100 pages seulement, ce nouveau livre agit comme un électrochoc. On en ressort ébranlé, questionné, parfois troublé, mais certainement pas indifférent.
Avec "Je ne dirai rien à Mariette !", Tidiss Koné confirme que la littérature n’est pas qu’un art, elle est un acte citoyen.
Et peut-être, après cette lecture, le silence ne sera plus une option.
Akina Dekouassi



