Necké Bernard : « Le livre est un trésor que nous devons réapprendre à ouvrir » Première partie
- Par Akina De Kouassi
- 04 Fév. 2026
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En prélude au FESTIL-SP, nous avons eu un échange riche, profond et engagé, avec Bernard Necké, commissaire général dudit festival.
À quelques jours de la deuxième édition du Festival International du Livre de San Pedro (FESTIL-SP), la cité balnéaire s’apprête à devenir le carrefour des mots, des idées et des imaginaires venus d’ici et d’ailleurs.
Porté par l’ambition de replacer le livre au cœur de la vie sociale, éducative et culturelle, le FESTIL-SP s’impose progressivement comme un rendez-vous littéraire dans le paysage culturel ivoirien et africain.
Pour mieux comprendre la vision, la philosophie et les enjeux de cet événement qui entend faire de San Pedro une véritable « Capitale du Livre », nous avons rencontré son Commissaire Général, Monsieur Necké Bernard, Inspecteur Principal d’Espagnol, écrivain-poète et promoteur culturel. Dans cet entretien à cœur ouvert, il revient sur la genèse du festival, le choix du thème de cette édition, les innovations apportées, l’ouverture à l’Afrique et les impacts attendus sur les jeunes et les populations.
Monsieur le Commissaire Général, rappelez-nous la genèse du Festival International du Livre de San Pedro (FESTIL-SP) ?
Je suis Necké Bernard, Inspecteur Principal d’Espagnol, écrivain-poète. L’idée a germé à mon retour de Paris, à l’occasion du Salon International du Livre de 2022. J’ai échangé avec Monsieur N’Klo Amedée, le préfacier de mon roman La balafrée, afin de donner vie au projet. Puis vint une rencontre entre mon ami et confrère Leonce Kamano qui avait déjà consigné dans un document une idée identique, avec des écrivains de la région. Le contact a été établi avec Madame Atita Hino, la Présidente des écrivains de San Pedro, avec qui nous avons lancé un concours d’écriture dans la même période. La décision de pousser le rêve au niveau international a été prise. En cours de chemin, Kamano, pour raison des contraintes professionnelles, a dû nous laisser en chemin. Cependant, malgré la distance, nous avons gardé le contact et par la grâce de Dieu, l’an dernier, le cap des idées fut franchi et le rêve devint réalité. En dépit des contingences, le projet est né avec le soutien de Monsieur le Préfet de la Region, Préfet du Département de San Pedro qui nous a donné sa caution morale. Monsieur Kouamé Kouakou, l’ancien Directeur Régional de la Culture et de la Francophonie s’est personnellement impliqué au niveau de chaque étape.
Pourquoi avoir choisi San Pedro comme ville hôte de ce rendez-vous littéraire international ?
Vous savez, l’on a tendance à ramener chez soi ce qui a pu nous émerveiller et nous gagner positivement ailleurs. Je réside à San Pedro depuis novembre 2006, et je suis écrivain. J’ai pensé que je pouvais apporter ma petite pierre à l’édifice en termes d’éducation au livre et positionner San Pedro au rang des capitales qui font de la lecture un véritable un pari à gagner au quotidien. L’on raconte que les africains n’aiment pas lire. Si cela est vrai, il faudrait que nous qui sommes du milieu du livre, nous puissions nous engager à changer les choses. Et la charité bien ordonnée commençant par soi, je crois que vous comprenez...
Le thème de cette édition est : « Le livre, un liant intergénérationnel au cœur d’une Afrique en mouvement ? ». Que traduit-il concrètement dans le contexte africain actuel ?
Je n’aurai pas la prétention de débattre de ce thème qui sera traité plus en profondeur au cours du panel animé par des spécialistes. Ceci étant dit, pour ma part, je m’interrogerais sur l’état de la connexion entre le livre et les générations nouvelles d’africains. Quel impact le livre a-t-il sur la vie de ces africains nouveaux que nous sommes, parmi lesquels certains se retrouvent dans une sorte d’hybridité culturelle. Qu’est-ce que le livre transporte d’hier à aujourd’hui et qu’est ce qu’il laisse de consistant sur notre identité future ?
En quoi ce thème répond-il aux défis culturels et éducatifs de notre société?
Il est questionnement et appelle à la réflexion, mais surtout il suscite une prise de position efficiente. Parlant du rôle du Livre, son importance, sa place, qu’est-ce qu’il véhicule, que garde-t-il comme substrat héritage identitaire et culturel, est-il encore connecté à nos réalités ?
Quels changements ou impacts espérez-vous observer auprès des populations, notamment les jeunes, à l’issue du festival ?
Un comportement nouveau, une habitude nouvelle, celle d’adopter le livre qui reste un orphelin dans les rayons des maisons d’édition et des libraires, tels des coffrets remplis de trésors que personne n’ose ouvrir alors qu’ils peuvent changer notre quotidien. Certains livres n’ont pas eu la chance de rester assez ouverts, pour communiquer leur potentiel de vie. Les connaissances et certaines histoires enrichissantes restent donc emprisonnées. Le manque de lecture nous sépare de la connaissance, de la liberté, celle qui emprisonne la connaissance au profit de l’ignorance. Nous espérons que la culture du livre s’installe durablement dans les mœurs et que chaque festival soit une occasion d’aiguiser sa soif de lire et de découvrir. Que les pétruciens n’aient plus peur d’approcher les livres. Si nous parvenons à réussir le pari un pétrucien, un livre, je crois que nous contribueront à l’élévation de la Côte d’Ivoire.
Le FESTIL-SP peut-il être considéré comme un incubateur de talents littéraires ?
Tout à fait. L’an dernier, nous avons lancé le concours d’écriture dans ce but. Et je pense que nous pouvons véritablement réveiller le talent qui dort en un grand nombre de futurs plumes. Vous savez, les africains ont beaucoup à dire et à écrire. Il s’agira de mettre en lumière tous ceux qui ont une plume poignante, pour alimenter le corps des écrivains et auteurs de demain.
Cette année, la région du Loh-Djiboua est invitée et le Cameroun est le pays à l’honneur. Pourquoi ces choix ?
Le Festival garde un aspect culturel et il est dit, connais-toi toi-même. Nous souhaitons découvrir et faire découvrir nos régions qui sont pourtant riches culturellement. Nous souhaitons les faire raconter par des personnes ressources afin d’être édifiés. Je suis afro-universaliste et je pense que l’Afrrique a beaucoup à offrir au monde à travers les alliances interethniques, source de paix et de cohésion. Pour ce qui est du Cameroun, c’est le pays à l’honneur. Nous avons estimé qu’après Haïti dont l’invité spécial n’a pas pu fouler la terre de San Pedro l’an dernier, absence due à une question de sécurité touchant le pays, il fallait choisir ici en Afrique. Le Cameroun et la Côte d’Ivoire ont beaucoup de choses en commun. Nous avons estimé avoir des personnes ressources pour nous faire partager sa culture, sa littérature, ses potentialités. C’est le Cameroun raconté par des camerounais afin de raffermir la connexion entre africains de tous les bords, nous rapprocher sous divers angles, mieux nous connaitre.
À suivre...
Par Akina Dekouassi



