CIV: A La découverte du Musée des Civilisations d’Abidjan. <Partie 1>

  • Par Yaya konaté
  • 24 Mars 2020
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Créé en 1942, par les colons français, le Musée National des civilisations de Côte d’Ivoire, situé à Abidjan/Plateau, a des collections estimées à plus de 15.200 spécimens représentatifs de toutes les régions de la Côte d’Ivoire.


Le Musée National des Civilisations de Côte d’Ivoire comprend, un bâtiment central abritant les diverses collections exposées au grand public (salle d’exposition), mais également des espaces  pour la restauration, l’animation et la présentation d’activités diverses. Il est dirigé depuis 2006 par Madame SYLVIE MEMEL KASSI, avec qui nous nous sommes entretenus dans cette interview scindée en 3 parties, pour vous faire découvrir le Musée et son fonctionnement.

Il est bon d’indiquer que le Musée des Civilisations de Côte d’Ivoire, émanation du Ministère de la Culture et de la Francophonie, est un service public, puisqu’il s’agit d’un musée d’Etat. Selon sa directrice, c’est également une direction centrale créée en 1942, pendant la période coloniale. Ses collections sont estimées à 15.200 spécimens représentatifs de toutes les régions de la Côte d’Ivoire. Ainsi, les quatre grandes aires culturelles du pays se retrouvent en ce haut lieu de la culture. Ces pièces portent sur la culture matérielle et immatérielle du pays en fonction des catégories : masques, statuaires, instruments de musique, poids à peser l’or, textiles, etc. 

Madame SYLVIE MEMEL KASSI rappelle que c’est un musée ethnographique, c’est-à-dire qu’il parle de l’histoire des peuples qui nous ont précédés ; c’est aussi un musée archéologique car il conserve des objets qui datent de depuis le paléolithique supérieur (3000 ans avant Jésus-Christ jusqu’au 21e siècle) avec la dernière exposition qui a vu l’introduction dans les collections du musée des textes de la dernière constitution de la Côte d’Ivoire. Les collections partent donc depuis 3000 ans avant Jésus-Christ jusqu’au 21e siècle en passant par des périodes transitoires de la traite négrière et de la colonisation.

 Au niveau infrastructurel, le musée se présente sous la forme de plusieurs bâtiments. Nous avons le bâtiment central  qui abrite les collections exposées au public, ce qu’on appelle la salle d’exposition. C’est un bâtiment de forme U qui est de type traditionnel avant qu’il y ait des passures à l’intérieur. Avec des piliers sculptés qui font parler des proverbes africains et des proverbes de la Côte d’Ivoire. Tout ceci nous plonge dans la pure tradition africaine.

Quelles étaient les fonctions et les rôles du musée à sa création ?  

Ses fonctions sont celles qu’on attend d’une institution de type patrimonial comme tout musée en lui-même. C’est une fonction de conservation et de préservation de la culture matérielle et immatérielle de la Côte d’Ivoire. La fonction première d’un musée, comme celui des civilisations de Côte d’Ivoire, c’est de conserver le patrimoine ivoirien. C’est d’œuvrer à sa promotion, à sa diffusion. De favoriser tout ce qui est découverte archéologique en vue de la présentation au public. Cette fonction n’a véritablement pas changé. C’est un musée d’art ancien et sa spécificité  est de conserver les pièces anciennes, authentiques et uniques, pour ne pas que demain la Côte d’Ivoire n’ait plus d’âme. Que nos enfants ne puissent plus connaitre tel masque ou telle statuette.

Le nom des différents directeurs qui se sont succédé à la tête du musée des civilisations de Côte d’Ivoire?

Les premiers responsables étaient des occidentaux. Le plus illustre d’eux tous fut Olass qui a eu un long mandat. Il est venu à la tête de cette institution qu’on appelait à l’époque « Musée national de Côte d’Ivoire », en 1945. Il est mort en 1978. A la suite de cela, nous avons eu des nationaux qui se sont succédé jusqu’à ce que je sois là aujourd’hui. Je suis arrivée à la tête du musée des civilisations de Côte d’Ivoire le 15 mai 2006.

Quels types de pièces et d’objets d’art y sont exposés ?

Au niveau de la gestion des collections des musées, il y a deux types de présentation. Il y a la présentation au public. Là nous avons des objets dans des espaces qui sont accessibles à tous les publics. Dans le cadre de notre musée, nous avons un espace qui peut accueillir jusqu’à 500 objets sur les 15210 objets, selon le dernier inventaire qui date de 2012. Ensuite, il y a l’autre espace qu’on appelle les réserves. Les réserves, c’est là où le public n’a pas accès. C’est là que nous mettons tous les objets qui constituent le fond « muséographie » de l’institution. Et selon la thématique que nous choisissons, nous prenons nos objets. Lorsque vous entrez  dans la salle d’expositions, nous avons six espaces. Toutes les pièces du musée ne sont pas exposées en même temps. Elles sont exposées selon la thématique.

Est-ce qu’on pouvait tout exposer dans l’état actuel de la salle ?

D’abord, ça ne se fait pas ! Pour des raisons d’ordre esthétique, pour des raisons d’ordre sécuritaire et aussi pour des raisons d’ordre déontologique. Ce qui fait la différence entre un musée et une galerie, c’est que les objets qui sont dans le musée véhiculent un message. On vient pour découvrir l’identité d’un peuple, la culture d’un peuple, le mode de vie et le fonctionnement d’un peuple. Donc on ne peut pas tout présenter à la fois puisque les objets n’ont pas les mêmes fonctions. Il y a des objets qui sont d’usage domestique et il y a des objets qui sont de l’ordre du rituel, il y en a d’autres qui interviennent dans les événements de réjouissance populaire. Il y en a d’autres qui sont sacrés. Et les différentes cultures de Côte d’Ivoire sont distinctives les unes des autres. Quand je suis au nord, au sud, à l’est ou à l’ouest et au centre, je n’ai pas la même conception des choses par rapport au mode de vie. Et même si chez moi on parle de statuette ou de masque, ils n’ont pas les mêmes fonctions. Dans le musée, quand on expose, il y a ce qu’on appelle la scénographie : il s’agit de la disposition des objets par rapport à la circulation. On n’expose pas en vrac comme si c’était dans un marché.

Ces pièces viennent-elles exclusivement de la Côte d’Ivoire ?   

Toutes nos pièces viennent de la Côte d’Ivoire. Mais n’oublions pas aussi que la Côte d’Ivoire et ses voisins ont des similitudes au niveau des objets que nous avons. Surtout au niveau des statuettes Lobi, il y a des choses qui se retrouvent de l’autre côté avec le Burkina voisin. Il est de même pour le masque Grego des Krou qu’on retrouve au Libéria. Il y a ces similitudes, mais jusqu’à preuve du contraire, ce que nous avons, ce sont des pièces qui viennent exclusivement de la Côte d’Ivoire.

SUITE:CIV : A la découverte du Musée des Civilisations d’Abidjan (2ème partie)

 

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